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Fleur de palue 2017

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

C'est pas beau, une voie ferrée.

N'allez pas imaginer que les voyageurs du siècle dernier traversaient les lopins délaissés d'aujourd'hui, admiraient les bosquets touffus, les herbes de la pampa, les grues des usines dans le soleil couchant en s'attendrissant sur ce paysage de fin de règne industriel.

Il y a un siècle les arbres et les gens étaient maigres. Un voyage de 20 km se préparait comme une excursion à Zanzibar. En 1878, trois trains seulement passaient par jour à la gare de La Souys, et mettaient trois heures pour parcourir 25 km.* Sans les bagages on aurait presque mieux fait de partir à pied. C'était le temps où on avait le temps.

La rue Jules Guesde était plus étroite. Aujourd'hui les proportions sont inversées. Le trafic passe par la rue et la voie ferrée s'est tue.

En 1951, allez savoir pourquoi, la SNCF a stoppé le trafic voyageurs sur la ligne Bordeaux-Eymet, puis commencé à démanteler la ligne deux ans plus tard.* Les voies, les passages à niveau ont été mis au placard. Seuls quelques vestiges demeurent entre La Benauge et La Souys. Un aiguillage par-ci, une balise par-là. Des rails affleurent puis s'effacent comme pour s'excuser d'être là. Incongruités ferroviaires au milieu de ce qui est devenu chemin creux.

Demain, nous dit Loïc, Floiracais et correspondant du journal local qui nous sert de guide, la Métropole déroulera là sa ligne de bus à haut niveau de service. Un bus à forte fréquence, tout l'inverse de la ligne Bordeaux-Eymet. Ironie du sort ? Nous sommes entrés dans l'ère où nous ne prenons plus l'air. Les gens pressés se sentent importants alors qu'ils ne sont qu'agrumes écrasés, exsudant leur sève aux heures de pointe, empilés dans des bus ou des trams, tandis que les autos s'amassent aux feux rouges et sur les voies rapides (rapides ?) des rocades.

Pour compenser, on crée des villes-jardin, des espaces verts conçus sur ordinateur. Immaculée conception horticole à deux pas du paradis terrestre : une voie ferrée en friche au milieu de la ville. De celui-ci aussi nous serons chassés, pauvres pécheurs à la ligne.

© Texte et photos Françoise Duret

 

*source http://www.memoire-ferroviaire-bordeaux.fr/la-ligne-bordeaux-eymet/